AMALFI

 

 

 

 

Toi et moi nous ne sommes jamais allés à Amalfi

Nous n'avons jamais trempé nos doigts à San'Andrea

Jamais la main dans la main ne nous sommes promenés

Dans les jardins parfumés qui surplombent la mer

Nous ne nous sommes jamais embrassés sur les terrasses

Jamais n'avons bu au soleil le vin charnu de falanghina

 

Nous aurions pu ensemble par une fin d'après-midi

Flâner à l'ombre des colonnes et des ruchers blancs

Du chiostro del paradiso à la recherche de l'orient

Nous aurions pu laisser le vent venu du mont Cerreto

Nous en-frissonner de caresses et mêler nos cheveux

Et cueillir sur les murs des fleurs de Bougainville

 

Le golfe y est parait-il plus bleu que le ciel d' Italie

Les maisons de craie en cascade dégringolent à la mer

Nous aurions toi et moi lentement parcouru ses venelles

Bras dessus bras dessous en fredonnant « Catari »

Nous aurions pu nous enivrer à la lumière de nos yeux

Nous pourrions toi et moi aller un jour à Amalfi

 

 

St Estève le 25 Mars 2014

 

CANTILENE

 

 

 

 

Je veux avec toi partir vers des pays d'orient

Voir des toits de cuivre et des dômes de feu

Des mots écrits en lettres d' or sur la pierre

Au dessus de portes de gloire et d'apparat

Marcher le long de rues pavées d'obsidienne

Qui descendent en pente douce vers la mer

Entendre chanter le vent qui vient des îles

Et la musique aussi des terrasses des cafés

 

Aller avec toi en ces lieux improbables

Vers lesquels toujours nos rêves nous portent

Voir le soleil par les échancrures du ciel

Parler avec les gens en de drôles de langues

Boire avec eux de généreux vins blancs

Et regarder partir des marins et des bateaux

Sur ces sillons d'écume que suivent les oiseaux

Comme une infinie route de voile blanche

 

Je veux avec toi traverser des frontières

M'étourdir de tous ces mondes inconnus

Dont les noms nous interpellent en songe

M'affranchir de tout ce qui retient nos pas

Et toi encore à mon bras aller ici et là

Par des villes aux élégants palais de marbre

De pauvres villages où nichent des cigognes

Et des terres s'ouvrant sur tous les horizons

 

 

St Estève le 16 Mars 2011

LESBOS

 

 

 

Le vent agace les cheveux d'Aphrodite

Ses yeux noyés dans les larmes d'Aurore

Sa main courtise l'arrondi de l'épaule

Taquine le jeune duvet de sa jeune victime

Et ses doigts si fins aux ongles de nacre

Suivent le frôlant à peine le sillon de son dos

Jusqu'à l'humide mousse de l'adorable chose

Qui se donne offerte à la caresse divine

 

Si à Mytilène le ciel toujours est si bleu

Qu'il déteint parfois dans le regard des filles

C'est que toutes ici s'y perdent en riant

Se passant sur les lèvres les mots vénérés

En se serrant dans les bras à gorge nue

S'embrassant si fort à pleine bouche

Que la fine musique d'une plainte enfantine

Vient au murmure de la mer mêler son aria

 

De ces corps qui vont abandonnés au soleil

Se poursuivant d'hallucinantes courses

Bouleversant l'écume de vagues mourantes

Le sable et ses milliards de grains d'étoiles

Lèchent avides le sel sur le miel de la peau

Et les brises parfumées qui naissent de l'île

Donnent aux baisers le goût des lavandes

Et aux amours ses si sulfureuses prébendes

 

 

St Estève le 30 Mars 2012

PLUIE D'AVRIL

 

 

 

Un violoncelle des violons me déchirent l'âme

La plainte des cordes attriste ce soir du monde

Où la pluie d'avril bat doucement les carreaux

Petite musique qui accompagne la grande

 

J'ai glissé un livre de poésies sous mon oreiller

Et en silence je te regarde à mon côté endormie

Je regarde tes paupières où filtrent tes rêves

Et ces cils d'obsidienne qui en vivent le cours

 

Qu'à ces moments tant d'émotions me gagnent

Que mon pouls à mon poignet soudain s'emballe

A te voir ouverte aux plus audacieux de mes songes

A savoir tes lèvres offertes au désir de ma bouche

 

Je voudrais de toi en ces instant tout prendre

T'avoir à moi dans une incommensurable étreinte

Être toi être moi en toi être celui qui t'habite

Conjuguer mes délires à tes tendres caresses

 

Les vibratos deviennent de lascifs murmures

L'averse a cessé de tambouriner sur les vitres

La nuit se fait sereine qui m'enlève la fièvre

Je frôle de mes doigts cette épaule que j'aime

 

 

Saint Estève le 17 Avril 2014

TU ECRIS

 

Milieu de la nuit Tu me crois endormi

Dans ce grand lit au draps froissés

Moi j'entends le tic-tac du réveil

Et le vent dehors qui secoue les volets

J'entends le crissement de la plume

Qui court en staccatos sur la feuille

 

Je te sais assise sur la grande chaise

Bien droite les yeux dans ton rêve

Enfiévrée par quelque apprêt de mots

Quelque arrangement qui ne vient pas

Je te ressens ainsi à la tension de l'air

Je ne bouge pas moi aussi j'attends

 

Ta petite table est un singulier fatras

Des livres des crayons des photos

Des choses griffonnées sur du papier

Moitié palimpsestes moitié chiffons

Et ta main qui tendrement les caresse

Comme si elle en pouvait extraire le verbe

 

Il y a peu de lumière juste un halo

J'aime te deviner dos tourné évanescente

Ces cheveux que des doigts tu repousses

Et ton ombre qui se perd dans l'obscurité

C'est une sensation d'éphémère bonheur

De t'avoir à moi sans que tu ne le saches

 

C'est ta chambre c'est un peu la mienne

Un lieu de dons et d'étranges partages

Entre corps qui s'étreignent et mots volés

C'est ici que tous les soirs tu écris

Que me croyant assoupi tu fais revenir

Pour quelques heures le souvenir de l'amant

 

St Estève le 5 Juillet 2014

PERILLOS

 

 

Des collines de thyms de fenouils de romarins

Souffle le vent léger qu'y pousse la mer proche

Il y courbe les garrigues en y passant les mains

Depuis plus de mille ans qu'il y galbe les roches

 

L'air est ici sonore comme un corps de guitare

Il s'emplit de plus d'odeurs qu'alcôve de sérail

Aux heures où un soleil de feu brûle les nards

Et qu'au maquis le ciel prend des airs de vitrail

 

Quelques tuiles crues que retiennent des pierres

De pauvres murs gauchis qu'entartre du ciment

Des volets de fenêtres que dévorent des lierres

Et un chemin qui grimpe comme un châtiment

 

Puis là tout derrière à l'ombre de vieux arbres

Étreint d'un muret que tant d'années débraillent

Repose entre croix de fer et tombes de marbre

Un doux cimetière aux mines de caravansérail

 

 

Saint Estève le 20 0ctobre 2012

NERETVA

 

 

 

 

 

La Neretva est histoire d'amour entre Herzégovine et Croatie

Ses eaux de cristal dévalent les quartz des Alpes Dinariques

Entre d'abruptes falaises puis à l'approche de Mostar blessée

Elle s'alanguit contre ses rives en un étrange et long baiser

Pour une humide et tendre caresse à sa si vieille amante

 

Apaisée par l'étreinte elle se glisse entre saules et bouleaux

Sommnolant au soleil les reins calés par les gravières

Et se donne à la baignade des enfants et au cris des oiseaux

Abandonnant ses flancs à la molle caresse de jeunes calames

Et ses bras aller à la découverte de son pays tant aimé

 

Elle n'est jamais plus belle qu'étendue près de l'Adriatique

Quand elle s'étale dans les draps d'orangers du grand delta

Qu'elle se laisse alors voluptueusement prendre et reprendre

Par des centaines de canaux que parcourent des barques

Chargées à craquer d'agrumes dans des sillages parfumés

 

C'est ici que ses bouches cèlent les lèvres du voyageur

A qui tant de beauté qui s'offre coupe le souffle

Et que s'ouvrent pour le soir les portes des maisons

De bois et de brique que s'éclairent les embarcadères

Et que s'allument les feux qui grillent les poissons

 

Sous les pergolas que le vent de la mer enfrissonne

Il se boit le malvoisie le maraskin et puis la grappa

A cette heure où les phalènes viennent heurter les lampes

Et où les eaux calmes du fleuve s'étirent dans son lit

Laissant ainsi la nuit lui tirer une couverture d'étoiles

 

 

 

Saint Estève le 29 Juin 2011

MADAME

 

Lustre à pampilles perles de cristal

Aux murs des toiles de maîtres

Sur le parquet de vieux tapis persans

Et tout un tas de vases de Saxe

Le jour perce à peine les voilages

Qu'ourlent de velours des tentures

Et s'en vient par quel miracle

Eclairer le boudoir de Madame

 

C'est un lieu que j'aime par elle

Elle en magnifie les ors et les bleus

Elle y laisse une trainée de parfum

Qui m'aveulit et me délite l'âme

A la fois odalisque et vestale

Aérienne elle en traverse l'espace

En claquant ses talons- aiguille

Au bout de ses jambes de soie

 

Madame est une drôle de femme

Qui cajôle comme elle broie

D'une main aux bagues précieuses

Avec aux lèvres une moue

Ouvrant les portes de son lit

C'est un petit animal domestique

Aux instincts de jeune fauve

Elle lèche elle mord elle griffe

 

Dans une robe de fine mousseline

Pointant sous le voile arachnéen

Ses beaux seins me fascinent

De leurs aréoles à peine devinées

Et les pans de ce tissu fragile

M'ouvrent les portes du ciel

Là où dans un pli mystérieux

Se cache son plus beau secret

 

Et si elle agrandit ses yeux de jade

Et puis pirouette et se tourne

Nonchalante vers sa chambre

Montrant nu le bas de son dos

Le temps s'arrête avec mon coeur

Avant qu'elle ne fasse le signe délicieux

Vers les satins de sa couche

Et tout leur univers d'étoiles

 

St Estève le 28 Juin 2010

L'ORAGE

 

 

Dehors il y a l'orage bleu que l'or lacère

La pluie battante qui dégouline des chéneaux

Et les tambours qui roulent sur les toits

En une musique sourde d'opéra tragique

 

Et près de moi étendue alanguie il y a vous

Cheveux épars sur vos blondes épaules

Reposant de la fièvre qui nous a emportés

Au-de-là des rivages de lointains océans

 

Il y a votre souffle que j'entends à peine

Ce corps tiède que la passion abandonne

Ces mains qui reposent paumes ouvertes

Et l'aura de nos rêves sur notre ciel de lit

 

J'aime par vous ces temps qui grondent

Ces lumières fulgurantes comme le désir

Et cette symphonie qui doucement ruisselle

Quand vont s’apaisant les folies de l'amour

 

La brise parfumée pénètre par la fenêtre

Que vous et moi avons laissée ouverte

Pour qu'elle nous dispense une ultime caresse

Et qu'elle veille sur nos sens endormis

 

 

St Estève le 1er Août 2014

Ma douce amante ,

 

 

Ce soir , j'entends je crois le ressac des vagues du Pacifique . Ce long soupir venu de cette immense poitrine .

Ce soir , couché sur ce lit où je te respire encore , me viennent des images de toi .

Et , abandonné à mes songes , je vois ce pendant d'oreille , cette petite chose que nos étreintes on jetée sur le parquet , je vois cette chose de toi que j'ai mise dans ma bouche , que mes dents ont arrachée , et je crois que je te murmure tous ces mots que l'amour nous donne ,que m'enivrent ces plaintes de toi que j'adore…

La nuit , par-de-là la fenêtre , a conquis tout ce ciel qui ce jour là éclairait notre chambre , les étoiles sont venues me faire compagnie , pour me parler de toi.

Je me sens seul ,à présent que le temps a jeté son drap sur nos émois .

Et me manque ton corps , me manquent tous ses élans que la maladresse fait pardonner , parce qu'il y a dans l'amour cette part que Dieu nous accorde , pour mieux se jouer.

Tu es ce soir si près de moi , tu ne le sais pas ,mais je sais que tu le sens , que toi aussi, aussi loin que tu sois , tu es à ces instants si près de moi.

Tu sais que je t'écris , tu connais ces heures où règne le silence , tu sais que ce silence est le nôtre .

Peut-être écris-tu ?

Je te voudrais contre moi , sentir sur ma peau ta peau , la caresse de tes lèvres , je voudrais t'aimer très fort jusqu'à me perdre .

Nous deux , c'est plus qu'une de ces histoires que l'océan rapporte à propos des amants , plus que des moments volés , ...c'est « notre » histoire !

Toi , le monde tourne et papillonne autour de toi.

Cette vie qui m'est étrangère , elle est la part de toi que j'aime , celle où je t'imagine , où tu parles à des inconnus , où tu embrasses des inconnus , elle est cette ombre qui me procure ce mal dont je ne peux me passer , qui m'est devenu si familier que partout il m'accompagne.

J'entends le Pacifique , j'entends ta voix .

Et toi , je t'aime.

 

St Estève le 4 Mai 2014

VALENTINA

 

 

Elle est venue ce soir de mai à Marienbad

Petit tailleur de printemps corsage de soie

Escarpins d'Italie élégante et cossue

Ses longs cheveux bruns battant les épaules

 

Et quand fière superbe et sans se retourner

Elle a à mon bras traversé la colonnade

Les violons du kiosque l'ont suivie du regard

Et leur musique a pleuré de nostalgie

 

Le jour est entré sous l'immense verrière

Eclairant les fontaines de bleu et d'or

Les promeneurs ont suspendu leurs pas

Et retenu leur souffle Valentina passait

 

J'ai ce soir-là tant aimé la Bohème

L'envol des symphonies d'Anton Dvorak

Le tokaj le slivovitz et les palacinky

Et les bras et le rire de ma Valentina

 

 

 

St Estève le 2 août 2010

WALLY

 

 

Tes bas noirs glissent fugaces sur des jambes de rêve

Et ce rêve est tout entier dans l'encre de tes yeux

Et toi petite lolita de Bohème si nue dans ton jardin

Tu laisses aller sur tes épaules ta crinière de fauve

Et la joue délicate et rose posée dans ta main fine

Tu attises les regard que se disputent éffrontées

De toi mon ange fesses ingénues et fossettes coquines

 

Et tu émeus ainsi Krumlov la vieille et prude médiévale

Sous le crayon de Schiele qui tremble dans sa main

La morale à quatre sous les murs aveugles des venelles

La langue des mégères et les barbiches des bourgeois

Et ton petit cul de sulfureuse fille fait fermer ces fenêtres

Ces jalousies de bois qui abritent là des tentations

Et des tristes soupirs tous ces pauvres concupiscents

 

Seule la Vltava que courtisent les balcons des auberges

Et que fleurissent les vergers et les parasols en corolles

L' insolente et libertine rivière qu'enjambent les ponts

A le toupet d'écraser ces murmures sous sa folle chanson

Et d'allumer aux façades baroques sous de vieux crépis

Ces dessins de théatre et ces monochromes fantômes

Qui hantent aujourd'hui encore de romantiques voyageurs

 

St Estève le 28 Janvier 2012

LISBOA

 

 

Lisbonne s'éveille au bruit du tramway

Des chaises de bistrot que l'on traîne

Dans la sourdine de fados et de pimba

Et des pas pressés des ouvriers du port

 

C'est l'heure bénie du soleil qui se lève

Qui éteint les lampes et allume l' Alfama

D'une éblouissante et diaphane lumière

Et qui du vieux château embrase les toits

 

C'est l'heure où dans un café démodé

Assis à une table dont le marbre rutile

On regarde en buvant de tièdes galaos

Aller des femmes à l'usine ou au bureau

 

Passent des filles brunes aux yeux verts

Claquant très haut leurs talonnettes

Lanière de sac au travers des épaules

Dans des rires et des éclats de voix

 

Lisbonne s'ébroue au son de ses sirènes

Des klaxons et du bruit des voitures

Et dans une classe un maître au tableau

Trace en cursives le nom de Camoès

 

St Estève le 22 Février 2012

LAMPEDUSA

 

 

 

Ils viennent en barque de la lointaine Carthage

Arrivent tout brûlés de soleil et du sel de la mer

S' échouent hagards sur de torrides rivages

Et n'entendent guère que la clameur des oiseaux

Il n'y a plus pour eux le murmure des vagues

 

Ils n'ont alors sur la peau que l'étreinte du vent

 

 

 

Il est dans ce pays des hommes et de l'honneur

De pauvres pêcheurs qui se révèlent des frères

Il s'y trouve des femmes toutes de bras ouverts

Et puis dans les rêves des mains qui se tendent

Il ont encore pour vivre les idées de l'espoir

 

Des mots sur les murs et des yeux aux fenêtres

 

 

 

Voici des barbelés qui trop tôt les fracassent

Des portes qui se ferment sur la vie de la ville

Ils s'enroulent aux étoiles sous des couvertures

Et noient de ciel toute les lumières des regards

Ils ont dans leurs doigts tout ce sable qui passe

 

Et au creux de la poitrine un si lourd poids de fer

 

 

 

Sur les plages s'alanguissent de blondes estivantes

Des gosses rient et s'amusent avec des ballons

De belles et brunes italiennes passent en vespa

L'air apporte des parfums de vanille et de café

Un vieux vend au kiosque du tabac des magazines

 

Et sur le port les attendent de bien tristes bateaux

 

 

à St Estève le 5 Mars 2012

LA LETTRE D'AMOUR

 

 

 

Elle est là posée sur la table de nuit

Juste un feuillet à l'encre bleue

J'ai senti ton parfum sur les mots

Celui que je respire sur ton cou

Ces lettres qui n'appartiennent qu'à toi

Que tes doigts ne forment que pour moi

Ces notes d'amour comme une partition

Que toi seule sait mettre en musique

 

Cette lettre je l'apprends par cœur

J'en apprends tous les verbes

Parce qu'ils me viennent de toi

Qu'ils me parlent de tes émois

Que tu les conjugues au présent

Qu'ils se nouent et qu'ils se lient

Et qu'ils s'enroulent sur les lignes

Comme s'emmêlent nos draps

 

Elle est là posée sur la table de nuit

Qu'éclaire doucement la lampe

Elle est si précieuse que je la veille

C'est un trésor qui vient de toi

C'est de toi ce soir la seule présence

Elle emplit l'espace de ma chambre

Elle dort cette nuit avec moi

Et tes mots peupleront mes rêves

 

 

Saint Estève le 22 Avril 2014

LA LAGUNE

 

 

Bien des voyageurs qui quittent Céphalonie ou Ithaque

Les yeux éblouis par tant d 'argent que le ciel fond au golfe

L'esprit tourné déjà vers les rives d'or de la mer de Corinthe

Passent songeurs au large de ces côtes en doublant Tourlida

Mais je sais moi que Missolonghi garde comme une femme

Des secrets dérisoires pour lesquels meurent aussi les poètes

 

Tu te souviens la route les champs de tabac les feux des gitans

Les ombres que le crépuscule précipitait sous nos pas

Puis ce matin de lumière et de feu de terre qui brûle

Ce petit chemin pour la lagune qu'ourlaient des roselières

Ces pauvres cabanes sur pilotis de cannes et de paille

Montées sur des échasses dont les vagues léchent le sel

 

C'était là que Christos cuisait le poisson et les anguilles

A même une pierre sur un lit de sarments et de roseaux

C'était là que nous buvions le vin frais d'Arakynthos

Là sur les planches de sa pergola jetée dessus le marécage

Que nous regardions des oiseaux aux longues pattes pourpres

Plonger de la tête et du bec dans de grandes gerbes d'eau

 

Des guirlandes de papier fané pendaient à la charpente

Balancées par cette brise du nord que parfume Corfou

Et qu'une lointaine radio accompagnait d'un peu de bouzouki

Il y avait du bonheur à s'abandonner là sur ces chaises de bois

Et à fumer nonchalamment tout en sirotant l'eau et le café

Par un étrange hasard peut-être là-même où rêvait Byron

 

 

St Estève le 27 Août 2011

LA DOUCHE

 

 

J'aime ces matins dans la paresse du lit

Après ce café mollement pris entre nos draps

Qu'une tiède tendresse inonde encore

Nue tu t'allonges tout contre moi en rêvant

Les yeux perdus au firmament des songes

Inaccessible désir enchantant mon éveil

 

Nue encore tu te retournes et te lèves

M'offrant ce corps qui alors me chamboule

Que j'ai cru mien dans des moments sublimes

Qui demeure pour moi une éternelle bataille

Ce corps pour lequel je crois mourir des soirs

Et qui nuit après nuit toujours me ressucite

 

Tu vas nonchalante à la clarté du couloir

Inconsciente de ces rais d'or qui te nimbent

Jusqu'à notre petite salle de bains bleue

Que je jalouse de si intimement te prendre

C'est là que tu te donnes et tu te livres

Dans un plaisir que je ne peux partager

 

L'eau qui ruisselle en une vapeur d'étuve

S'empare toute de toi et inonde ta peau

Elle t'embrasse où je t'ai embrassée

Dans tes cheveux dans le creux de ton cou

Tout au long de ton dos elle coule

Et vient mouiller jusqu'à ton tendre secret

 

Et de cette main que moi aussi j'adore

Tu te caresses et te noies toute de mousse

Passant tes doigts où se perdent mes sens

Couché ému sous la couette je t'entends

Tout bas fredonner un air à la mode

Et l'envie me vient de mordre à ta bouche

 

St Estève le 28 Novembre 2010

FASSIYA

 

 

Elle habite dans Fès un riad à la façade austère

Qu'éclaire une massive porte en bois de cèdre

Cloutée de pointes de fer et d'étoiles de bronze

Il faut aussi pour pénétrer la sévère bâtisse gravir

Un de ces séculaires et étroits escaliers de pierre

Qu'on usés les millions de pas de visiteurs pressés

 

Par un moucharabieh de stuc blanchi à la chaux

Elle voit et entend le va et vient de sa maison

Les hommes qui entrent et sortent bruyamment

Les bruits de cuivres et de verres à la cuisine

Les rires insolents des blondes étrangères

Et la musique aigrelette des cordes du rabâb

 

Puis vient enfin l' heure du calme et de la paix

L'heure où enflent les bruits de la médina

Celle du clapotis que font les sabots des ânes

Des cris des muletiers contre les murs de pisé

Des harangues de muezzins du haut des minarets

L'heure où seule elle reste derrière ses fenêtres

 

Ses yeux alors se rallument pour des rêves

Qu'aucun livre ici jamais n'a rapportés

Des songes de cheveux qu'enfin on abandonne

De lèvres teintes qui s'ouvrent de désir

De mains fines que l'on peint au henné

De corps qui s'offrent à elle nus et beaux

 

C'est ainsi qu'assise sur un vieux pouf de cuir

La tête dans les cent mille étoiles du Maghreb

Enroulée dans son haïk de soirie blanche

Elle surveille sur les braises d'un kanoun d'argile

Le tajine du soir qui mijote doucement

En chantant à voix basse une nouba andalouse

 

 

St Estève le 25 Novembre 2011

ERATO

 

 

Un caïque roulait indolent sur la mer

Sous un ciel de pure aigue-marine

Les dieux de leur monde à l'envers

Humaient les effluves salines

Une petite brise agitait les tamarins

Et soulevait un peu de sable rond

Semant dans le creux de ses reins

Des milliers de micas blonds

 

Erato s'abandonnait au soleil

Langoureusement écartelée

Dans un désordre pareil

A toutes les filles de l'été

Une main glissée dans ses cheveux

Et l'autre posée sur sa touffe

Ses ongles longs tressaient des jeux

Dans sa fine toison rousse

 

De ses rouges lèvres pulpeuses

S'exhalait comme un murmure

Une plainte tendre et voluptueuse

Une aria sensuelle et pure

Elle geignait de désir et d'amour

Et toute seule sur la plage

Caressait de ses doigts de velours

Son petit sexe sage

 

Les dieux de leurs nuages mataient

S'amuser la belle et jeune libertine

Empêtrés des draps du gynécée

De leurs épouses divines

Mais Erato est à moi elle est ma muse

Elle se livre et puis se donne

Elle s'aime et puis s'amuse

Pas seulement avec les hommes

 

 

St Estève le 29 mars 2010

CREPUSCULE

 

 

 

 

Le vent qui court par les rues fredonne sa chanson

Du linge qui bat aux fenêtres lui donne la mesure

Et le ciel plus loin conjugue le rose et le pourpre

C'est le bal des amours et le temps des caresses

 

C'est aussi l'heure triste de l'amant solitaire

Le tic-tac d'un réveil qui mesure l'absence

Un livre au chevet qui attend qu'il en tourne les pages

Et tous ces songes qu'il passe et repasse par sa tête

 

C'est l'encre qui sèche sur la lettre qu'il n'a pas écrite

Tous ces mots qui s'entrecroisent et s'effacent

Ces mots de tendresse tous ces élans du cœur

Ces fatras de je t'aime de jamais et de toujours

 

Et le temps débonnaire qui lui fait saigner le cœur

Allume à la croisée une à une les étoiles

Toute la ville s'éclaire et son espoir s'éteint

Le disque de Cochran s'est arrêté de jouer

 

 

St Estève le 16 Avril 2014

CASTILLE

 

 

 

La terre de Castille comme une mer immense plie sous le vent

Ce vent du nord qui pénètre jusque sous les portes des maisons

Bat les vieux volets entortille en bannières les linges qui sèchent

Et secoue les girouettes dans des grincements de vieille ferraille

Le long du Duero les arbres même se cherchent d'amères querelles

Entremêlant leurs branches en d'épiques duels de bois noircis

Pour le plus grand profit des glaneurs de fagots et de brindilles

Des bûchers de l'hiver et des encore lointains brasiers de la St Jean

 

Cette terre est celle du Cid elle forge elle trempe les hommes

C'est aussi maintenant et sur le grand plateau et les collines

Une terre fertile qui donne le blé du pain et le vin des hanaps

L'herbe grasse et savoureuse des moutons allant par les canadas

Les fleurs au printemps qui peignent partout les bords de chemins

Et cette fine poussière qui empreint à midi les lointains horizons

Qui court en de fugaces et ocres nuages de pueblos en châteaux

Laissant ses marques d'or en offrande au parvis des églises

 

De grands ciels de drap bleu souvent pudiquement la couvrent

Avec une infinie tendresse ils se chiffonnent parfois de la soie

De quelques aériennes nuées blanches et du vol des cigognes

Qui en déchirent majestueusement le divin ordonnancement

Ici l' Espagne qui sort le soir met son manteau d'étoiles

Et des millions d'éclats brasillent dans les yeux des filles

Que l'on prend par la main et dont on dérobe les lèvres

A l'heure du paséo derrière la défense d'un vieux mur de pisé

 

 

A St Estève le 13 Mai 2011

ROMANTICA

 

Il est dans la mémoire des hommes un coin oublié , plus léger que les plumes des anges , un endroit

 

préservé où se cachent la beauté , la poésie , la vie et ses petits bonheurs , et tous les sentiments de l'univers .

 

Et dans ce paradis sur terre , il y a la femme !

 

Romantica !

 

Avec la femme la musique , les arts , l'amour et tous les matins du monde !

Le coeur des hommes se serre aux larmes d'une femme , il fond à ses yeux pleins d'étoiles , il bat devant son abandon , ...les hommes alors se font meilleurs et leurs doigts touchent le ciel.

 

Quoi de plus beau que de lire sur son visage toutes les images de nos songes : la sensibilité ,la tendresse , l'émotion , l'amitié , l'amour, la sensualité ...comme un commencement et une fin !

 

Et puis il y a la grâce et la beauté , la lumière intérieure et la divine apparence , il y a du Praxitèle et du Botticelli ...et comme une musique , comme un aria céleste qui vient vous ravir l'âme.

 

La femme est un mystère , et si doux sont ses secrets !