
AMALFI
Toi et moi nous ne sommes jamais allés à Amalfi
Nous n'avons jamais trempé nos doigts à San'Andrea
Jamais la main dans la main ne nous sommes promenés
Dans les jardins parfumés qui surplombent la mer
Nous ne nous sommes jamais embrassés sur les terrasses
Jamais n'avons bu au soleil le vin charnu de falanghina
Nous aurions pu ensemble par une fin d'après-midi
Flâner à l'ombre des colonnes et des ruchers blancs
Du chiostro del paradiso à la recherche de l'orient
Nous aurions pu laisser le vent venu du mont Cerreto
Nous en-frissonner de caresses et mêler nos cheveux
Et cueillir sur les murs des fleurs de Bougainville
Le golfe y est parait-il plus bleu que le ciel d' Italie
Les maisons de craie en cascade dégringolent à la mer
Nous aurions toi et moi lentement parcouru ses venelles
Bras dessus bras dessous en fredonnant « Catari »
Nous aurions pu nous enivrer à la lumière de nos yeux
Nous pourrions toi et moi aller un jour à Amalfi
St Estève le 25 Mars 2014
CANTILENE
Je veux avec toi partir vers des pays d'orient
Voir des toits de cuivre et des dômes de feu
Des mots écrits en lettres d' or sur la pierre
Au dessus de portes de gloire et d'apparat
Marcher le long de rues pavées d'obsidienne
Qui descendent en pente douce vers la mer
Entendre chanter le vent qui vient des îles
Et la musique aussi des terrasses des cafés
Aller avec toi en ces lieux improbables
Vers lesquels toujours nos rêves nous portent
Voir le soleil par les échancrures du ciel
Parler avec les gens en de drôles de langues
Boire avec eux de généreux vins blancs
Et regarder partir des marins et des bateaux
Sur ces sillons d'écume que suivent les oiseaux
Comme une infinie route de voile blanche
Je veux avec toi traverser des frontières
M'étourdir de tous ces mondes inconnus
Dont les noms nous interpellent en songe
M'affranchir de tout ce qui retient nos pas
Et toi encore à mon bras aller ici et là
Par des villes aux élégants palais de marbre
De pauvres villages où nichent des cigognes
Et des terres s'ouvrant sur tous les horizons
St Estève le 16 Mars 2011
LESBOS
Le vent agace les cheveux d'Aphrodite
Ses yeux noyés dans les larmes d'Aurore
Sa main courtise l'arrondi de l'épaule
Taquine le jeune duvet de sa jeune victime
Et ses doigts si fins aux ongles de nacre
Suivent le frôlant à peine le sillon de son dos
Jusqu'à l'humide mousse de l'adorable chose
Qui se donne offerte à la caresse divine
Si à Mytilène le ciel toujours est si bleu
Qu'il déteint parfois dans le regard des filles
C'est que toutes ici s'y perdent en riant
Se passant sur les lèvres les mots vénérés
En se serrant dans les bras à gorge nue
S'embrassant si fort à pleine bouche
Que la fine musique d'une plainte enfantine
Vient au murmure de la mer mêler son aria
De ces corps qui vont abandonnés au soleil
Se poursuivant d'hallucinantes courses
Bouleversant l'écume de vagues mourantes
Le sable et ses milliards de grains d'étoiles
Lèchent avides le sel sur le miel de la peau
Et les brises parfumées qui naissent de l'île
Donnent aux baisers le goût des lavandes
Et aux amours ses si sulfureuses prébendes
St Estève le 30 Mars 2012
PLUIE D'AVRIL
Un violoncelle des violons me déchirent l'âme
La plainte des cordes attriste ce soir du monde
Où la pluie d'avril bat doucement les carreaux
Petite musique qui accompagne la grande
J'ai glissé un livre de poésies sous mon oreiller
Et en silence je te regarde à mon côté endormie
Je regarde tes paupières où filtrent tes rêves
Et ces cils d'obsidienne qui en vivent le cours
Qu'à ces moments tant d'émotions me gagnent
Que mon pouls à mon poignet soudain s'emballe
A te voir ouverte aux plus audacieux de mes songes
A savoir tes lèvres offertes au désir de ma bouche
Je voudrais de toi en ces instant tout prendre
T'avoir à moi dans une incommensurable étreinte
Être toi être moi en toi être celui qui t'habite
Conjuguer mes délires à tes tendres caresses
Les vibratos deviennent de lascifs murmures
L'averse a cessé de tambouriner sur les vitres
La nuit se fait sereine qui m'enlève la fièvre
Je frôle de mes doigts cette épaule que j'aime
Saint Estève le 17 Avril 2014
TU ECRIS
Milieu de la nuit Tu me crois endormi
Dans ce grand lit au draps froissés
Moi j'entends le tic-tac du réveil
Et le vent dehors qui secoue les volets
J'entends le crissement de la plume
Qui court en staccatos sur la feuille
Je te sais assise sur la grande chaise
Bien droite les yeux dans ton rêve
Enfiévrée par quelque apprêt de mots
Quelque arrangement qui ne vient pas
Je te ressens ainsi à la tension de l'air
Je ne bouge pas moi aussi j'attends
Ta petite table est un singulier fatras
Des livres des crayons des photos
Des choses griffonnées sur du papier
Moitié palimpsestes moitié chiffons
Et ta main qui tendrement les caresse
Comme si elle en pouvait extraire le verbe
Il y a peu de lumière juste un halo
J'aime te deviner dos tourné évanescente
Ces cheveux que des doigts tu repousses
Et ton ombre qui se perd dans l'obscurité
C'est une sensation d'éphémère bonheur
De t'avoir à moi sans que tu ne le saches
C'est ta chambre c'est un peu la mienne
Un lieu de dons et d'étranges partages
Entre corps qui s'étreignent et mots volés
C'est ici que tous les soirs tu écris
Que me croyant assoupi tu fais revenir
Pour quelques heures le souvenir de l'amant
St Estève le 5 Juillet 2014
PERILLOS
Des collines de thyms de fenouils de romarins
Souffle le vent léger qu'y pousse la mer proche
Il y courbe les garrigues en y passant les mains
Depuis plus de mille ans qu'il y galbe les roches
L'air est ici sonore comme un corps de guitare
Il s'emplit de plus d'odeurs qu'alcôve de sérail
Aux heures où un soleil de feu brûle les nards
Et qu'au maquis le ciel prend des airs de vitrail
Quelques tuiles crues que retiennent des pierres
De pauvres murs gauchis qu'entartre du ciment
Des volets de fenêtres que dévorent des lierres
Et un chemin qui grimpe comme un châtiment
Puis là tout derrière à l'ombre de vieux arbres
Étreint d'un muret que tant d'années débraillent
Repose entre croix de fer et tombes de marbre
Un doux cimetière aux mines de caravansérail
Saint Estève le 20 0ctobre 2012
NERETVA
La Neretva est histoire d'amour entre Herzégovine et Croatie
Ses eaux de cristal dévalent les quartz des Alpes Dinariques
Entre d'abruptes falaises puis à l'approche de Mostar blessée
Elle s'alanguit contre ses rives en un étrange et long baiser
Pour une humide et tendre caresse à sa si vieille amante
Apaisée par l'étreinte elle se glisse entre saules et bouleaux
Sommnolant au soleil les reins calés par les gravières
Et se donne à la baignade des enfants et au cris des oiseaux
Abandonnant ses flancs à la molle caresse de jeunes calames
Et ses bras aller à la découverte de son pays tant aimé
Elle n'est jamais plus belle qu'étendue près de l'Adriatique
Quand elle s'étale dans les draps d'orangers du grand delta
Qu'elle se laisse alors voluptueusement prendre et reprendre
Par des centaines de canaux que parcourent des barques
Chargées à craquer d'agrumes dans des sillages parfumés
C'est ici que ses bouches cèlent les lèvres du voyageur
A qui tant de beauté qui s'offre coupe le souffle
Et que s'ouvrent pour le soir les portes des maisons
De bois et de brique que s'éclairent les embarcadères
Et que s'allument les feux qui grillent les poissons
Sous les pergolas que le vent de la mer enfrissonne
Il se boit le malvoisie le maraskin et puis la grappa
A cette heure où les phalènes viennent heurter les lampes
Et où les eaux calmes du fleuve s'étirent dans son lit
Laissant ainsi la nuit lui tirer une couverture d'étoiles
Saint Estève le 29 Juin 2011
MADAME
Lustre à pampilles perles de cristal
Aux murs des toiles de maîtres
Sur le parquet de vieux tapis persans
Et tout un tas de vases de Saxe
Le jour perce à peine les voilages
Qu'ourlent de velours des tentures
Et s'en vient par quel miracle
Eclairer le boudoir de Madame
C'est un lieu que j'aime par elle
Elle en magnifie les ors et les bleus
Elle y laisse une trainée de parfum
Qui m'aveulit et me délite l'âme
A la fois odalisque et vestale
Aérienne elle en traverse l'espace
En claquant ses talons- aiguille
Au bout de ses jambes de soie
Madame est une drôle de femme
Qui cajôle comme elle broie
D'une main aux bagues précieuses
Avec aux lèvres une moue
Ouvrant les portes de son lit
C'est un petit animal domestique
Aux instincts de jeune fauve
Elle lèche elle mord elle griffe
Dans une robe de fine mousseline
Pointant sous le voile arachnéen
Ses beaux seins me fascinent
De leurs aréoles à peine devinées
Et les pans de ce tissu fragile
M'ouvrent les portes du ciel
Là où dans un pli mystérieux
Se cache son plus beau secret
Et si elle agrandit ses yeux de jade
Et puis pirouette et se tourne
Nonchalante vers sa chambre
Montrant nu le bas de son dos
Le temps s'arrête avec mon coeur
Avant qu'elle ne fasse le signe délicieux
Vers les satins de sa couche
Et tout leur univers d'étoiles
St Estève le 28 Juin 2010
L'ORAGE
Dehors il y a l'orage bleu que l'or lacère
La pluie battante qui dégouline des chéneaux
Et les tambours qui roulent sur les toits
En une musique sourde d'opéra tragique
Et près de moi étendue alanguie il y a vous
Cheveux épars sur vos blondes épaules
Reposant de la fièvre qui nous a emportés
Au-de-là des rivages de lointains océans
Il y a votre souffle que j'entends à peine
Ce corps tiède que la passion abandonne
Ces mains qui reposent paumes ouvertes
Et l'aura de nos rêves sur notre ciel de lit
J'aime par vous ces temps qui grondent
Ces lumières fulgurantes comme le désir
Et cette symphonie qui doucement ruisselle
Quand vont s’apaisant les folies de l'amour
La brise parfumée pénètre par la fenêtre
Que vous et moi avons laissée ouverte
Pour qu'elle nous dispense une ultime caresse
Et qu'elle veille sur nos sens endormis
St Estève le 1er Août 2014
Ma douce amante ,
Ce soir , j'entends je crois le ressac des vagues du Pacifique . Ce long soupir venu de cette immense poitrine .
Ce soir , couché sur ce lit où je te respire encore , me viennent des images de toi .
Et , abandonné à mes songes , je vois ce pendant d'oreille , cette petite chose que nos étreintes on jetée sur le parquet , je vois cette chose de toi que j'ai mise dans ma bouche , que mes dents ont arrachée , et je crois que je te murmure tous ces mots que l'amour nous donne ,que m'enivrent ces plaintes de toi que j'adore…
La nuit , par-de-là la fenêtre , a conquis tout ce ciel qui ce jour là éclairait notre chambre , les étoiles sont venues me faire compagnie , pour me parler de toi.
Je me sens seul ,à présent que le temps a jeté son drap sur nos émois .
Et me manque ton corps , me manquent tous ses élans que la maladresse fait pardonner , parce qu'il y a dans l'amour cette part que Dieu nous accorde , pour mieux se jouer.
Tu es ce soir si près de moi , tu ne le sais pas ,mais je sais que tu le sens , que toi aussi, aussi loin que tu sois , tu es à ces instants si près de moi.
Tu sais que je t'écris , tu connais ces heures où règne le silence , tu sais que ce silence est le nôtre .
Peut-être écris-tu ?
Je te voudrais contre moi , sentir sur ma peau ta peau , la caresse de tes lèvres , je voudrais t'aimer très fort jusqu'à me perdre .
Nous deux , c'est plus qu'une de ces histoires que l'océan rapporte à propos des amants , plus que des moments volés , ...c'est « notre » histoire !
Toi , le monde tourne et papillonne autour de toi.
Cette vie qui m'est étrangère , elle est la part de toi que j'aime , celle où je t'imagine , où tu parles à des inconnus , où tu embrasses des inconnus , elle est cette ombre qui me procure ce mal dont je ne peux me passer , qui m'est devenu si familier que partout il m'accompagne.
J'entends le Pacifique , j'entends ta voix .
Et toi , je t'aime.
St Estève le 4 Mai 2014
VALENTINA
Elle est venue ce soir de mai à Marienbad
Petit tailleur de printemps corsage de soie
Escarpins d'Italie élégante et cossue
Ses longs cheveux bruns battant les épaules
Et quand fière superbe et sans se retourner
Elle a à mon bras traversé la colonnade
Les violons du kiosque l'ont suivie du regard
Et leur musique a pleuré de nostalgie
Le jour est entré sous l'immense verrière
Eclairant les fontaines de bleu et d'or
Les promeneurs ont suspendu leurs pas
Et retenu leur souffle Valentina passait
J'ai ce soir-là tant aimé la Bohème
L'envol des symphonies d'Anton Dvorak
Le tokaj le slivovitz et les palacinky
Et les bras et le rire de ma Valentina
St Estève le 2 août 2010
WALLY
Tes bas noirs glissent fugaces sur des jambes de rêve
Et ce rêve est tout entier dans l'encre de tes yeux
Et toi petite lolita de Bohème si nue dans ton jardin
Tu laisses aller sur tes épaules ta crinière de fauve
Et la joue délicate et rose posée dans ta main fine
Tu attises les regard que se disputent éffrontées
De toi mon ange fesses ingénues et fossettes coquines
Et tu émeus ainsi Krumlov la vieille et prude médiévale
Sous le crayon de Schiele qui tremble dans sa main
La morale à quatre sous les murs aveugles des venelles
La langue des mégères et les barbiches des bourgeois
Et ton petit cul de sulfureuse fille fait fermer ces fenêtres
Ces jalousies de bois qui abritent là des tentations
Et des tristes soupirs tous ces pauvres concupiscents
Seule la Vltava que courtisent les balcons des auberges
Et que fleurissent les vergers et les parasols en corolles
L' insolente et libertine rivière qu'enjambent les ponts
A le toupet d'écraser ces murmures sous sa folle chanson
Et d'allumer aux façades baroques sous de vieux crépis
Ces dessins de théatre et ces monochromes fantômes
Qui hantent aujourd'hui encore de romantiques voyageurs
St Estève le 28 Janvier 2012
LISBOA
Lisbonne s'éveille au bruit du tramway
Des chaises de bistrot que l'on traîne
Dans la sourdine de fados et de pimba
Et des pas pressés des ouvriers du port
C'est l'heure bénie du soleil qui se lève
Qui éteint les lampes et allume l' Alfama
D'une éblouissante et diaphane lumière
Et qui du vieux château embrase les toits
C'est l'heure où dans un café démodé
Assis à une table dont le marbre rutile
On regarde en buvant de tièdes galaos
Aller des femmes à l'usine ou au bureau
Passent des filles brunes aux yeux verts
Claquant très haut leurs talonnettes
Lanière de sac au travers des épaules
Dans des rires et des éclats de voix
Lisbonne s'ébroue au son de ses sirènes
Des klaxons et du bruit des voitures
Et dans une classe un maître au tableau
Trace en cursives le nom de Camoès
St Estève le 22 Février 2012
LAMPEDUSA
Ils viennent en barque de la lointaine Carthage
Arrivent tout brûlés de soleil et du sel de la mer
S' échouent hagards sur de torrides rivages
Et n'entendent guère que la clameur des oiseaux
Il n'y a plus pour eux le murmure des vagues
Ils n'ont alors sur la peau que l'étreinte du vent
Il est dans ce pays des hommes et de l'honneur
De pauvres pêcheurs qui se révèlent des frères
Il s'y trouve des femmes toutes de bras ouverts
Et puis dans les rêves des mains qui se tendent
Il ont encore pour vivre les idées de l'espoir
Des mots sur les murs et des yeux aux fenêtres
Voici des barbelés qui trop tôt les fracassent
Des portes qui se ferment sur la vie de la ville
Ils s'enroulent aux étoiles sous des couvertures
Et noient de ciel toute les lumières des regards
Ils ont dans leurs doigts tout ce sable qui passe
Et au creux de la poitrine un si lourd poids de fer
Sur les plages s'alanguissent de blondes estivantes
Des gosses rient et s'amusent avec des ballons
De belles et brunes italiennes passent en vespa
L'air apporte des parfums de vanille et de café
Un vieux vend au kiosque du tabac des magazines
Et sur le port les attendent de bien tristes bateaux
à St Estève le 5 Mars 2012
LA LETTRE D'AMOUR
Elle est là posée sur la table de nuit
Juste un feuillet à l'encre bleue
J'ai senti ton parfum sur les mots
Celui que je respire sur ton cou
Ces lettres qui n'appartiennent qu'à toi
Que tes doigts ne forment que pour moi
Ces notes d'amour comme une partition
Que toi seule sait mettre en musique
Cette lettre je l'apprends par cœur
J'en apprends tous les verbes
Parce qu'ils me viennent de toi
Qu'ils me parlent de tes émois
Que tu les conjugues au présent
Qu'ils se nouent et qu'ils se lient
Et qu'ils s'enroulent sur les lignes
Comme s'emmêlent nos draps
Elle est là posée sur la table de nuit
Qu'éclaire doucement la lampe
Elle est si précieuse que je la veille
C'est un trésor qui vient de toi
C'est de toi ce soir la seule présence
Elle emplit l'espace de ma chambre
Elle dort cette nuit avec moi
Et tes mots peupleront mes rêves
Saint Estève le 22 Avril 2014
LA LAGUNE
Bien des voyageurs qui quittent Céphalonie ou Ithaque
Les yeux éblouis par tant d 'argent que le ciel fond au golfe
L'esprit tourné déjà vers les rives d'or de la mer de Corinthe
Passent songeurs au large de ces côtes en doublant Tourlida
Mais je sais moi que Missolonghi garde comme une femme
Des secrets dérisoires pour lesquels meurent aussi les poètes
Tu te souviens la route les champs de tabac les feux des gitans
Les ombres que le crépuscule précipitait sous nos pas
Puis ce matin de lumière et de feu de terre qui brûle
Ce petit chemin pour la lagune qu'ourlaient des roselières
Ces pauvres cabanes sur pilotis de cannes et de paille
Montées sur des échasses dont les vagues léchent le sel
C'était là que Christos cuisait le poisson et les anguilles
A même une pierre sur un lit de sarments et de roseaux
C'était là que nous buvions le vin frais d'Arakynthos
Là sur les planches de sa pergola jetée dessus le marécage
Que nous regardions des oiseaux aux longues pattes pourpres
Plonger de la tête et du bec dans de grandes gerbes d'eau
Des guirlandes de papier fané pendaient à la charpente
Balancées par cette brise du nord que parfume Corfou
Et qu'une lointaine radio accompagnait d'un peu de bouzouki
Il y avait du bonheur à s'abandonner là sur ces chaises de bois
Et à fumer nonchalamment tout en sirotant l'eau et le café
Par un étrange hasard peut-être là-même où rêvait Byron
St Estève le 27 Août 2011
LA DOUCHE
J'aime ces matins dans la paresse du lit
Après ce café mollement pris entre nos draps
Qu'une tiède tendresse inonde encore
Nue tu t'allonges tout contre moi en rêvant
Les yeux perdus au firmament des songes
Inaccessible désir enchantant mon éveil
Nue encore tu te retournes et te lèves
M'offrant ce corps qui alors me chamboule
Que j'ai cru mien dans des moments sublimes
Qui demeure pour moi une éternelle bataille
Ce corps pour lequel je crois mourir des soirs
Et qui nuit après nuit toujours me ressucite
Tu vas nonchalante à la clarté du couloir
Inconsciente de ces rais d'or qui te nimbent
Jusqu'à notre petite salle de bains bleue
Que je jalouse de si intimement te prendre
C'est là que tu te donnes et tu te livres
Dans un plaisir que je ne peux partager
L'eau qui ruisselle en une vapeur d'étuve
S'empare toute de toi et inonde ta peau
Elle t'embrasse où je t'ai embrassée
Dans tes cheveux dans le creux de ton cou
Tout au long de ton dos elle coule
Et vient mouiller jusqu'à ton tendre secret
Et de cette main que moi aussi j'adore
Tu te caresses et te noies toute de mousse
Passant tes doigts où se perdent mes sens
Couché ému sous la couette je t'entends
Tout bas fredonner un air à la mode
Et l'envie me vient de mordre à ta bouche
St Estève le 28 Novembre 2010
FASSIYA
Elle habite dans Fès un riad à la façade austère
Qu'éclaire une massive porte en bois de cèdre
Cloutée de pointes de fer et d'étoiles de bronze
Il faut aussi pour pénétrer la sévère bâtisse gravir
Un de ces séculaires et étroits escaliers de pierre
Qu'on usés les millions de pas de visiteurs pressés
Par un moucharabieh de stuc blanchi à la chaux
Elle voit et entend le va et vient de sa maison
Les hommes qui entrent et sortent bruyamment
Les bruits de cuivres et de verres à la cuisine
Les rires insolents des blondes étrangères
Et la musique aigrelette des cordes du rabâb
Puis vient enfin l' heure du calme et de la paix
L'heure où enflent les bruits de la médina
Celle du clapotis que font les sabots des ânes
Des cris des muletiers contre les murs de pisé
Des harangues de muezzins du haut des minarets
L'heure où seule elle reste derrière ses fenêtres
Ses yeux alors se rallument pour des rêves
Qu'aucun livre ici jamais n'a rapportés
Des songes de cheveux qu'enfin on abandonne
De lèvres teintes qui s'ouvrent de désir
De mains fines que l'on peint au henné
De corps qui s'offrent à elle nus et beaux
C'est ainsi qu'assise sur un vieux pouf de cuir
La tête dans les cent mille étoiles du Maghreb
Enroulée dans son haïk de soirie blanche
Elle surveille sur les braises d'un kanoun d'argile
Le tajine du soir qui mijote doucement
En chantant à voix basse une nouba andalouse
St Estève le 25 Novembre 2011
ERATO
Un caïque roulait indolent sur la mer
Sous un ciel de pure aigue-marine
Les dieux de leur monde à l'envers
Humaient les effluves salines
Une petite brise agitait les tamarins
Et soulevait un peu de sable rond
Semant dans le creux de ses reins
Des milliers de micas blonds
Erato s'abandonnait au soleil
Langoureusement écartelée
Dans un désordre pareil
A toutes les filles de l'été
Une main glissée dans ses cheveux
Et l'autre posée sur sa touffe
Ses ongles longs tressaient des jeux
Dans sa fine toison rousse
De ses rouges lèvres pulpeuses
S'exhalait comme un murmure
Une plainte tendre et voluptueuse
Une aria sensuelle et pure
Elle geignait de désir et d'amour
Et toute seule sur la plage
Caressait de ses doigts de velours
Son petit sexe sage
Les dieux de leurs nuages mataient
S'amuser la belle et jeune libertine
Empêtrés des draps du gynécée
De leurs épouses divines
Mais Erato est à moi elle est ma muse
Elle se livre et puis se donne
Elle s'aime et puis s'amuse
Pas seulement avec les hommes
St Estève le 29 mars 2010
CREPUSCULE
Le vent qui court par les rues fredonne sa chanson
Du linge qui bat aux fenêtres lui donne la mesure
Et le ciel plus loin conjugue le rose et le pourpre
C'est le bal des amours et le temps des caresses
C'est aussi l'heure triste de l'amant solitaire
Le tic-tac d'un réveil qui mesure l'absence
Un livre au chevet qui attend qu'il en tourne les pages
Et tous ces songes qu'il passe et repasse par sa tête
C'est l'encre qui sèche sur la lettre qu'il n'a pas écrite
Tous ces mots qui s'entrecroisent et s'effacent
Ces mots de tendresse tous ces élans du cœur
Ces fatras de je t'aime de jamais et de toujours
Et le temps débonnaire qui lui fait saigner le cœur
Allume à la croisée une à une les étoiles
Toute la ville s'éclaire et son espoir s'éteint
Le disque de Cochran s'est arrêté de jouer
St Estève le 16 Avril 2014
CASTILLE
La terre de Castille comme une mer immense plie sous le vent
Ce vent du nord qui pénètre jusque sous les portes des maisons
Bat les vieux volets entortille en bannières les linges qui sèchent
Et secoue les girouettes dans des grincements de vieille ferraille
Le long du Duero les arbres même se cherchent d'amères querelles
Entremêlant leurs branches en d'épiques duels de bois noircis
Pour le plus grand profit des glaneurs de fagots et de brindilles
Des bûchers de l'hiver et des encore lointains brasiers de la St Jean
Cette terre est celle du Cid elle forge elle trempe les hommes
C'est aussi maintenant et sur le grand plateau et les collines
Une terre fertile qui donne le blé du pain et le vin des hanaps
L'herbe grasse et savoureuse des moutons allant par les canadas
Les fleurs au printemps qui peignent partout les bords de chemins
Et cette fine poussière qui empreint à midi les lointains horizons
Qui court en de fugaces et ocres nuages de pueblos en châteaux
Laissant ses marques d'or en offrande au parvis des églises
De grands ciels de drap bleu souvent pudiquement la couvrent
Avec une infinie tendresse ils se chiffonnent parfois de la soie
De quelques aériennes nuées blanches et du vol des cigognes
Qui en déchirent majestueusement le divin ordonnancement
Ici l' Espagne qui sort le soir met son manteau d'étoiles
Et des millions d'éclats brasillent dans les yeux des filles
Que l'on prend par la main et dont on dérobe les lèvres
A l'heure du paséo derrière la défense d'un vieux mur de pisé
A St Estève le 13 Mai 2011
ROMANTICA
Il est dans la mémoire des hommes un coin oublié , plus léger que les plumes des anges , un endroit
préservé où se cachent la beauté , la poésie , la vie et ses petits bonheurs , et tous les sentiments de l'univers .
Et dans ce paradis sur terre , il y a la femme !
Romantica !
Avec la femme la musique , les arts , l'amour et tous les matins du monde !
Le coeur des hommes se serre aux larmes d'une femme , il fond à ses yeux pleins d'étoiles , il bat devant son abandon , ...les hommes alors se font meilleurs et leurs doigts touchent le ciel.
Quoi de plus beau que de lire sur son visage toutes les images de nos songes : la sensibilité ,la tendresse , l'émotion , l'amitié , l'amour, la sensualité ...comme un commencement et une fin !
Et puis il y a la grâce et la beauté , la lumière intérieure et la divine apparence , il y a du Praxitèle et du Botticelli ...et comme une musique , comme un aria céleste qui vient vous ravir l'âme.
La femme est un mystère , et si doux sont ses secrets !